
D’où
vient que, dans une grande partie des terres du sud, Corrèze, Dordogne,
Landes, Lot…, on plante toujours, pour honorer les nouveaux élus,
un arbre ébranché décoré d’un drapeau, un “mai“
?
.
Et d’où vient
qu’en Lorraine et dans une grande partie des terres du nord, on plantait
hier, dans la nuit du 1er mai, un arbre ébranché décoré
d’un bouquet, un “mai“, devant la maison des jeunes filles ?
Pourquoi ? Depuis
quand ? Et quel rapport ?
.
Pour répondre
à ces questions, c’est à un grand voyage que vous entraîne
Marie-France Houdart. Avec elle, vous retournerez aux temps lointains de
Babylone, de la Bible, des Grecs, des Celtes… Et vous verrez que, partout
l’arbre est respecté, célébré : arbre
de la connaissance, rameau des initiés, sceptre des rois, arbre
de Noèl, de la Liberté…
.
Les anciens savaient
pourquoi : unissant le ciel et la terre de sa cime à ses racines,
reverdissant chaque printemps comme le signe que tout se renouvelle, la
vie, l’amour, le pouvoir… permettant tout simplement la vie, il est potentiellement
immortel. Les hommes ont besoin des arbres, les arbres n’ont pas besoin
des hommes.
L’arbre, on le sait,
reste aujourd’hui l’espoir de notre planète. Ecoutons-le,
il a autorité. Célébrons-le, il est la vie. C’est
ce que font depuis toujours les hommes quand ils plantent l’arbre de mai,
pour les filles, pour les rois ou pour les élus, ou bien pour célébrer
tout ce qui doit l’être.
.
Alors, quand vous
aurez lu ce livre,
vous ne regarderez
plus jamais les arbres
de la même
façon...
Levez la tête
: dans les feuillages, vos ancêtres veillent.
Table des matières

I. ENQUETE, ETUDES, TÉMOIGNAGES
p. 9
I. Enquête en Corrèze - p. 40
1. Où plante-t-on toujours des mais aux élus ? 2. A quelle
date plante-t-on
le mai ?
3. Mais individuels ou mai collectif ? Qui organise ? 4. Qui plante, qui
paye
? 5. Quel arbre pour faire un mai ? 6. Où plante-t-on ? 7. Quel
décor, quel
gestes ? 8. Pourquoi ces mais ? Quel est leur sens ? 9. « Que symbolise
pour vous la plantation du mai ? »
10. Les mais sont-ils de droite ou de gauche ?
II. Cinq mais aux quatre coins de la Corrèze - p. 17
1. A Latronche : le mai commun des élus - 2. A Latronche encore,
le mai
de
Marie-Thérèse - 3. A Puy d’Arnac, le grand mai des élus
- 4. A Palisse, la
tournée des élu(e)s - 5. A Marcillac-la-Croisille, le mai
d‘une élue de
gauche
III. Dans les régions environnantes - p. 27
1. En Limousin - 2. Le croissant sud-ouest - 3. Du Massif Central au Poitou
: du sud est au nord ouest - 4. Ailleurs en France et en Europe
IV. Les mais de jadis dans la presse - p. 34
1. Les plus anciens témoignages sous la IIIe République -
2. Les beaux
jours des mais dans l’entre-deux-guerres
II. AU TEMPS DE LA RÉVOLUTION
p. 38
I. Les mais de la colère - p. 39
1. La nuit du 4 août : le grand espoir - 2. « Il paraît
que les premiers excès
ont pris naissance dans le Bas-Limousin… » - 3. Pourquoi des «
mais »
pour menacer ?
II. Des mais aux arbres de la liberté - p. 59
1. 1790-1791 : Des mais d’émeute au sud au mai de liberté
au nord - 2.
1792-1793 : L’arbre-mai de Liberté, fêté dans toute
la France - 3. L’Arbre
de la Liberté obligatoire : 1794 - 4. L’Arbre de la Liberté,
baromètre du
climat révolutionnaire ?
III. LES MAIS DANS LA TRADITION POPULAIRE
p. 73
I. Les mais de mai - p. 73
1. Le Mai en Lorraine - 2. Les Mais en France - 3. Mais d’Europe - 4. En
Corrèze et en Limousin
II. Des mais tout au long de l’année et des événements
- p. 89
1. Mais de fêtes à d’autres dates de l’année - 2. Mais
plantés en l’honneur
de personnalités ou d’événements publiques
III. Le mai : un droit féodal ? - p. 94
1. Le droit d’aller chercher un mai : bachelleries et autres sociétés
de
jeunesse -
2. De l’hommage rituel à l’hommage imposé - 3. Un rappel
du servage ? le
détournement de rituels populaires ? - 4. Mais et sociétés
de jeunesse en
Occitanie
IV. DE L’ARBRE DES DÉESSES AU MAI DES GUERRIERS p. 105
I. L’arbre au féminin - p. 105
II. L’arbre des premières grandes civilisations - p. 107
1. L’arbre, la déesse et son consort - 2. L’arbre, demeure des dieux-
3.
L’arbre, le poteau et le pilier - 4. L’arbre et les morts : l’hiver et
l’été - 5.
La montagne, la forêt et la quête de l’arbre : un temps d’épreuves
et de
surpassement - 6. Arbre et renouvellement : le cycle de l’union sacrée
et
du pouvoir
III. L’arbre des nouvelles religions - p. 114
1. Brahma et Bouddha - 2. Yahweh et les deux arbres de la Genèse
IV. Chez les Celtes et les Grecs : le rameau des initiés - p. 124
1. Chez les Grecs : le mai de Dionysos et celui d’Apollon - 2. Chez les
Celtes : l’hiver du mari, l’été de l’amant et le rameau de
la femme
V. DE L’ARBRE SACRÉ AU MAI SÉDITIEUX
p. 136
I. Le christianisme, l'arbre et la peur de mai - p. 136
1. L'arbre de la croix - 2. Contre les arbres : conciles, synodes, procès…
-
3. Détourne-ments et transferts
II. Les mots et les mythes - p. 143
III. La « logique » du mai - p. 145
1. Retour sur les sociétés de jeunesse - 2. La place des
trépassés - 3. Les
jeunes garçons et les esprits : le souvenir des initiés ?
- 4. Esprits des
morts, partez ! - 5. Les filles, les
esprits et le mai de franchise - 6. Le mai, sacre des notables - 7. La
tournée de quête -
8. Le charivari
IV. Les mais et les groupes de jeunesse à la veille de 1789 - p.
164
V. Que voulaient donc dire les mais séditieux de 1789 - p. 165
1. Les acteurs - 2. Le rituel - 3. Le mai de révolte : une
idée des villes ou
bien des campagnes ?
VI. MAIS DE CORREZE ET AUTRES TERRES D’OC :
LA FRANCHISE ET LE DRAPEAU
p. 173
I. Des arbres de la liberté aux mais d’election - p. 173
1. Entre le mai du notable et celui de l’élu, l’arbre de la liberté
- 2. L’idée
de nation 3. Le mai, le conseiller et le village - 4. Monde d’en bas et
monde
d’en haut : initiation et émigration
II. Pourquoi toujours des mais en Occitanie ? - p. 182
1. Mais d’honneur en Occitanie : une limite - 2. Mais, amour courtois et
troubadours - 3. Révoltes populaires en Occitanie : la défense
des libertés
III. Les Mais aux élus en Corrèze : l’honneur mais
aussi l’échange - p.
192
1. L’arbre et le poteau - 2. Le mai d’honneur en Corrèze : un pacte
d’échange entre égaux - 3. Honneur et déshonneur -
4. Aujourd’hui
Conclusion
Notes
Bibliographie
Extrait de l'introduction
Il a d’abord fallu mener l’enquête :
aller voir, assister, interroger, participer. Je ne saurais remercier ici
individuellement tous ceux qui se sont prêtés à mes
questions. Tous ont montré beaucoup de gentillesse et au moins autant
de scepticisme sur l’intérêt de mes investigations, tant ce
que représente le « mai » paraissait évident.
Pourtant dès qu’est posée la question des origines, la conscience
d’une ignorance apparaît. C’est vrai, d’où ça vient,
cette coutume ? Jusqu’au moment où une âme républicaine
vient donner la réponse définitive : ça vient des
arbres de la Liberté, voyons ! Et tout le monde part rassuré.
Des Arbres de la Liberté ? Admettons.
Mais, qui a donné l’idée de ces arbres autour desquels on
dansait « la carmagnole » ? Un révolutionnaire éclairé
? Un abbé précurseur (comme on lit dans les livres) ? Pas
du tout : le premier arbre planté à Tulle pour fêter
« la liberté », s’appelait un « may », (prononcé
avec son « i » comme lo mai). L’arbre de la liberté
n’était donc lui-même qu’un mai ! Nous n’étions pas
plus avancés. Il a donc fallu partir en recherche.
Cette recherche nous a d’abord mis sur
la piste des mais « insolents » que des paysans du Bas-Limousin
ont dressés au pied des châteaux, dès l’hiver 1789,
pour dire leur colère. Un arbre, un mai pour contester ? Comment
le comprendre ?
Il a alors fallu partir à la découverte
de tous ces arbres que la tradition populaire appelle des mais : mais du
1er mai, mais aux filles, mais aux notables, mais de confrérie et
de bachellerie, mais d’honneur et mais d’opprobre et d’injure aussi. Quel
est donc ce code du mai que l’on ne comprend plus ? D’où vient ce
langage des arbres chargés de rubans et d’objets ?
Pour répondre à cette question,
il fallait remonter bien plus haut encore, interroger les Mésopotamiens,
les Hébreux, les Celtes, les Grecs, pour essayer de déceler
ce que, de leur conception du monde, de leurs croyances et de leurs rites
ils auraient pu nous léguer. Et puis faire le chemin en sens inverse,
redescendre le temps en nous éclairant des lueurs des civilisations
du passé.
Nos pas se sont parfois perdus au milieu
de mille pistes, ils se sont souvent égarés à côté
des chemins tracés. Mais c’est au détour d’une route, à
la croisée des temps, au hasard des errances, que des petits morceaux
de sens, des bouts de signe, nous sont apparus, éparpillés.
Collés les uns aux autres au retour de ce grand voyage, ils ont
permis de reconstituer, une à une, quelques phrases de ce langage
du mai.
Alors quand au retour de cette longue
route, nous revoyons ce mai, il a changé : ce n’est plus un vilain
poireau pavoisé, c’est une présence parmi les hommes qui
signifie beaucoup plus qu’un drapeau en haut d’un arbre.
Mais refaisons ensemble le voyage... |